L’église Saint-Martin

Guide de visite de l’église Saint-Martin-des-Champs, patrimoine culturel du 10e arrondissement de Paris.

Une église de quartier

Depuis 160 ans

L’église Saint-Martin a été construite de 1854 à 1856, sous le Second Empire. En août 1854, Monseigneur Sibour, archevêque de Paris, en confia la charge à l’un de ses prêtres, l’abbé Bruyère. Ce dernier réunit des fonds par souscription auprès des habitants du quartier, qu’il compléta par une part personnelle importante. Il acheta le terrain et confia les travaux à l’architecte Paul Gallois, connu pour avoir réalisé les hospices de la Ville de Paris.

L’architecte dut tenir compte de nombreuses contraintes : l’édifice, coincé entre des habitations préexistantes, ne pouvait prendre jour qu’en hauteur ; le bâtiment, considéré comme provisoire, fut érigé en deux ans et au moindre coût, selon les nouvelles techniques promues par Gustave Eiffel (1832-1923). Les piliers en métal furent habillés de stuc pour leur donner un aspect classique compatible avec le style adopté pour l’intérieur de l’église.

En 1933, l’architecte Fernand Vaudry ajouta un clocher léger et élégant. L’archevêque érigea canoniquement la paroisse le 31 janvier 1856 et vint, le même jour, bénir l’église et installer l’abbé Bruyère comme premier curé. L’église fut un haut lieu des beaux-arts et du chant grâce au père Joseph Picaud (1833-1907) entre 1870 et 1905.

Après avoir été le lieu d’activités maraîchères, le quartier devient, à partir du XIXe siècle, celui de divertissement et d’industrie, où s’établissent de nombreux cafés et théâtres, dont le célèbre théâtre de la Porte Saint-Martin (1781).  Entre 1820 et 1850, le développement s’accélère avec le percement du canal Saint-Martin (1822) et la création d’embarcadères pour les sociétés de chemins de fer (1847). Apparaissent les premiers grands entrepôts de marchandises, les douanes et les docks. Toutes ces activités génèrent un essor démographique important. À l’avènement de Napoléon III (1852-1870), la population des faubourgs devient plus dense. Le percement des boulevards par le baron Haussmann (1809-1891) amène une population plus aisée.

Ce monument, construit en 1674 par Pierre Bullet, est situé à l’emplacement initial de trois portes médiévales. L’arc de triomphe commémore les victoires de Louis XIV en Franche-Comté sur les armées allemandes, espagnoles et hollandaises. Il remplace la porte située près du prieuré Saint-Martin-des- Champs, déplacée au fur et à mesure que de nouvelles enceintes étaient créées au cours du Moyen Âge. On dit que Napoléon faisait passer ses grognards par cet arc pour les honorer quand ils rentraient des guerres de Flandre.

À l’origine, la dénomination Saint-Martin-des-Champs fut celle d’un ancien prieuré de l’abbaye de Cluny dont le territoire couvrait une bonne partie de l’actuel 3e arrondissement.  La magnifique église placée sous le patronage de saint Martin est devenue depuis la Révolution le Conservatoire national des arts et métiers. Notre église paroissiale consacrée en 1856 à saint Martin a été édifiée sur une parcelle des terres de l’ancien prieuré. Son nom, toutefois, a varié : de Saint-Martin-de-Tours, elle sera d’abord nommée Saint-Martin-des-Marais, puis à partir de 1921, Saint-Martin-des-Champs.

Visite de l’église

Les tableaux de l’église

Vie du saint

Grandes dates

316 > Naissance à Sabaria (Hongrie)
331 > Enrôlé de force à l’âge de 15 ans
336> Partage son vêtement avec un pauvre
350 > Rencontre saint Hilaire de Poitiers
356 > Quitte l’armée à l’âge 40 ans
361 > Fonde l’abbaye de Ligugé, premier monastère d’Occident
370 > Devient évêque de Tours. Fonde le monastère de Marmoutier
397 > Meurt à Candes

Apôtre de la charité

C’est à Ligugé que saint Martin, tel un nouvel Élie, aurait ressuscité un mort.  Un jour, dit-on, saint Martin ayant dû s’absenter, un jeune catéchumène malade avait demandé à être baptisé d’urgence.  Les compagnons de Martin avaient tant tergiversé pour aller le chercher que le jeune homme était mort sans avoir reçu le sacrement. Martin, de retour, commença par pleurer, puis – rapporte son biographe – il fit sortir tout le monde de la cellule où gisait le corps. Demeuré seul, il pria avec tant de confiance et d’amour que deux heures plus tard le Seigneur permit une sorte de transfusion de vie entre le vivant et le mort. Le défunt ouvre les yeux, remue ses membres, se redresse et reprend vie. C’est ce que le peintre Félix Villé a représenté sur la première toile de la vie de saint Martin.

Saint Martin ressuscite un catéchumène (détail), Félix Villé (1819-1907)

Martin, soldat de l’empire romain

Martin naquit en 316 à Sabaria, village aujourd’hui situé en Hongrie, d’un père qui avait combattu avec les armées romaines. En l’honneur de Mars, le dieu de la guerre, ce père avait appelé son fils Martin, « le petit Mars ». Né sous le règne de l’empereur Constantin (272-337), qui en 313 instaura la liberté religieuse, Martin grandit à proximité de chrétiens. Contraint par son père de s’enrôler à quinze ans en tant que fils d’un vétéran de l’armée romaine, Martin reçut la dure formation militaire qui faisait de ces jeunes gens des soldats d’élite, capables de combattre mais aussi de construire un retranchement, de percer une route, de pourvoir à tous les besoins d’une collectivité. Après avoir prêté serment à l’empereur, Martin fut affecté à la prestigieuse garde impériale qui lui donnait droit à un cheval et à un serviteur.

Saint patron des militaires, des policiers et des marchands

Des paysans, qui tiraient principalement leur subsistance de la pêche dans un lac, virent s’y abattre un grand nombre d’oiseaux qui pêchaient les poissons sans arrêt et les entassaient dans leur jabot. Craignant la perte de leurs ressources, ces paysans firent appel à saint Martin. Venu au bord du lac, celui-ci expliqua à la foule accourue que ces oiseaux étaient à l’image du démon. Ils tendent leur piège aux imprudents, les capturent et dévorent leurs victimes, sans pouvoir s’en rassasier. Seules la prière et la confiance absolue en Dieu en viennent à bout.  Au terme de son exhortation, saint Martin, faisant le signe de croix, commanda aux oiseaux de quitter les lieux et de n’y plus revenir, ce qu’ils firent immédiatement.

Saint Martin, par l’apologue des oiseaux pêcheurs, nous apprend à fuir les ruses du démon (détail), Félix Villé (1819-1907)

Martin, disciple de Jésus-Christ

C’est à l’adolescence qu’il choisit de devenir chrétien. La préparation durait trois ans. Martin n’a pas achevé son parcours quand la légion à laquelle il appartient doit séjourner à Amiens par un hiver des plus rigoureux. C’est donc vers 335 que se situe l’épisode marquant de sa vie, représenté par le peintre Henry Lerolle dans les deux tableaux du chœur. Ses années de service achevées, Martin voulut profiter de la présence de l’empereur pour lui demander son congé. Malheureusement, il le fit à la veille d’une importante bataille à Worms, sur le Rhin. On l’accusa de lâcheté, ce qu’il ne supporta pas. Il protesta, disant qu’il marcherait au combat désarmé, portant seulement sur lui le signe du Christ. C’était courir à une mort certaine, mais miracle, avant que le combat ne s’engageât, l’adversaire déposa les armes. Martin était sauvé.

L’évangélisateur des campagnes et des Gaules

Durant toute sa vie, l’évangélisation reste la grande préoccupation de saint Martin. Il s’est rendu compte que, si le christianisme s’est implanté dans les villes, il est loin d’avoir touché les campagnes. Afin d’établir partout l’Évangile du Christ, Martin entreprend de véritables tournées missionnaires. Sa méthode est simple. Il vient avec quelques prêtres et moines. Par sa prédication et sa charité, ses prières et ses miracles, il obtient la conversion des habitants. Il laisse sur place quelques prêtres afin de compléter l’instruction des nouveaux chrétiens. Dans la mesure du possible, il revient de temps à autre visiter ces petites communautés et notamment chaque fois qu’un problème s’y pose.

Saint Martin évangélise les campagnes à Marmoutier (détail), Félix Villé (1819-1907)

Martin rencontre Hilaire de Poitiers et fonde Ligugé

Libre de ses mouvements, Martin se dirigea vers Poitiers pour rencontrer un éminent théologien d’origine gauloise qui deviendra saint Hilaire. Ce théologien, presque du même âge que lui car né en 315, accueillit Martin avec une grande bienveillance et, l’ayant apprécié, voulut l’ordonner diacre. Mais, par humilité, Martin refusa, n’acceptant que la fonction d’exorciste, qui consistait à tout faire pour secourir ceux qui sont tourmentés par le démon.

Saint Martin étant toujours désireux de rester simple moine, Hilaire lui proposa de fonder un monastère où il pourrait enseigner à quelques disciples la vie monastique. Ce monastère, situé dans le village de Ligugé, à 8 kilomètres de Poitiers, fut le premier fondé en Occident. Par l’action de la grâce, l’exemple d’une vie vertueuse et la solidité de l’enseignement dispensé par saint Martin, son monastère prospéra rapidement. Il attira de nombreux candidats venus de toutes les classes sociales.

Pour le service de ses frères, Martin avait enfin accepté d’être ordonné prêtre par saint Hilaire. Dès lors, la renommée de saint Martin s’étendit. On le décrivait comme un authentique homme de Dieu. Par sa vie vertueuse et ascétique, par la clarté de son enseignement empreint de lucidité et de simplicité, par son exceptionnelle force de persuasion, il exerçait sur ses contemporains une influence considérable. Saint Martin bénéficia aussi de contacts réconfortants avec les anges et les saints de Dieu et même avec la Vierge Marie. Saint Martin eut le privilège de former en ses monastères un grand nombre de prêtres et d’évêques. Certains d’entre eux sont même devenus des saints, tels saint Maxime, abbé de Chinon, saint Romain, évêque de Blaye, et saint Brice, qui fut son successeur ; d’autres portèrent la foi chrétienne au-delà de la Gaule, tel saint Corentin, évêque de Cornouaille.

La messe de Saint-Martin

Saint Martin, doué d’une profonde humilité, fut toujours de la plus grande discrétion sur ce qu’il accomplissait. Il avait l’habitude, avant de célébrer la messe, de se recueillir seul un assez long moment dans la sacristie.  Un jour qu’il s’y rendait, un pauvre transi de froid lui demanda l’aumône d’un vêtement.  Martin chargea son diacre de donner satisfaction au malheureux mais celui-ci n’en fit rien.  Quand Martin quitta la sacristie, le pauvre était toujours là et lui renouvela sa demande.  Au diacre qui venait le chercher, Martin répondit qu’il ne célébrerait pas la messe tant que le pauvre n’aurait pas reçu un vêtement.

Excédé, le diacre revint avec une tunique misérable et bougonna que le pauvre était parti. Martin ordonna au diacre de le précéder à l’église et, rentrant à la sacristie, il enfila la tunique, car il avait donné ses propres habits au pauvre. Au cours de la messe qu’il célébra ensuite, des assistants virent un rayon de lumière et un globe de feu s’élever au-dessus de la tête de Martin.

La messe de Saint Martin (détail), Félix Villé (1819-1907)

Martin devient évêque et fonde le monastère de Marmoutier

Tant de qualités le prédisposaient à devenir évêque. Mais, doué d’une profonde humilité, Martin s’était dérobé à cette élection à la mort de saint Hilaire, en 367. Aussi, lorsqu’en 370, à la mort de l’évêque Lidoire, le siège épiscopal de Tours devint libre, les Tourangeaux usèrent-ils de ruse. Un habitant de Tours, Rusticius, se précipita à Ligugé et supplia Martin de venir chez lui au chevet de sa femme très malade. Incapable de refuser aide et soulagement, Martin accepte de faire les 170 km qui séparent Poitiers de Tours. Ils y parviennent le jour où les prélats s’apprêtent à désigner le successeur de l’évêque Lidoire. Leur choix s’est déjà porté en principe sur un évêque nommé Defensor (défenseur en latin). C’est alors que la foule fait irruption en clamant : « Martin évêque ! » en entraînant l’intéressé. Ce dernier, plus ou moins hirsute, venu en habit de travail, détonne parmi les prêtres et les évêques qui le toisent de haut, mais les Tourangeaux s’entêtent : « Martin évêque ! » On en appelle au jugement de Dieu. Dans l’office du jour, on trouve le verset : « Seigneur, par la louange des petits, tu confonds l’ennemi et son défenseur ! ». Chacun y voit un signe : Defensor est récusé par Dieu et Martin devient évêque de Tours.

Nommé évêque, mais toujours épris de pauvreté et de recueillement, Martin refuse d’habiter le palais épiscopal. Il trouve, entre un méandre de la Loire et une falaise à pic, un lieu écarté où se bâtir un petit ermitage. Remplissant avec zèle les devoirs de sa charge, il accueille librement tous ses diocésains mais il reste, en ce qui le concerne, ennemi de tout luxe, vêtu de bure, se nourrissant très frugalement, dormant sur la terre nue comme un soldat en campagne et se consacrant le plus possible à la prière.

Son exemple, toutefois, attire d’autres chercheurs de Dieu. Ils sont bientôt 80 frères réunis en ce lieu, situé à 3 km de Tours, qui, après avoir été le monastère de Martin, prit le nom de Marmoutier, le monastère majeur.

La mort de Saint Martin

À l’automne 397, pourtant rigoureux, ayant appris que les moines d’un monastère à Candes se sont brouillés, saint Martin fait le voyage pour les réconcilier.  Après avoir rétabli la paix, Martin, épuisé, est saisi d’une forte fièvre.  Sachant sa mort prochaine, il ordonne aux moines de le coucher à même le sol sur un lit de cendre. Le saint passa le reste de ses jours et de ses nuits en prière, allongé par terre. Comme ses disciples le priaient de permettre que l’on plaçât au moins sous son corps de misérables couvertures, il leur répondit : « Non, un chrétien ne doit mourir que sur la cendre… Laissez, laissez-moi, mes frères, regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme, au moment de se mettre en route vers le Seigneur, suive bien la route qui est la sienne ».

À l’annonce de la mort de Martin, de grandes foules accoururent à Candes pour approcher encore une fois celui qui les avait tant aimées et qu’elles tenaient déjà pour un saint. Mais une contestation s’éleva entre les représentants de Poitiers et ceux de Tours, ces deux villes réclamant l’honneur de conserver le corps de saint Martin.

La mort de Saint Martin (détail), Félix Villé (1819-1907)

Actualités

Contacts

La paroisse longe le canal Saint-Martin et s’étend jusqu’au faubourg du même nom. L’église, inaugurée en 1856, hérite du vocable du prieuré Saint-Martin-des-Champs, dont les bâtiments situés rue Saint-Martin abritent aujourd’hui le Conservatoire national des arts et métiers. L’église Saint-Martin-des-Champs a été construite de 1854 à 1856 par l’architecte Paul Gallois dans le style romano-byzantin, avec des fonds réunis par souscription auprès des habitants du quartier. Elle fut inaugurée le 31 janvier 1856 et érigée en paroisse le 1er avril suivant.

Paroisse Saint-Martin-des-Champs
38, rue Albert-Thomas – 75010 Paris
Tél. : 01 42 08 36 60
paroisse@saintmartindeschamps.org

www.saintmartindeschamps.org

Rédaction : Geneviève Lefèbvre, Geneviève Ravaux, père Stéphane-Paul Bentz. Photographies : Antoine Porcher, sauf mention contraire. Webmaster : Pôle Web du Service de la Communication du Diocèse de Paris. © Paroisse Saint-Martin-des-Champs, 2017.

La paroisse Saint-Martin-des-Champs

Comment venir ?

L’église Saint-Martin se trouve au 36, rue Albert-Thomas, à proximité immédiate de la place de la République. La rue Albert-Thomas longe le boulevard Magenta, qu’elle rejoint au niveau de la place Jacques-Bonsergent.
Métro : République, Jacques-Bonsergent
Bus : 20, 56, 65, 75

Horaires d’ouverture :

Mardi au samedi : 8 h00 – 12 h00, 13 h 30 – 19 h 30
Dimanche : 9 h 00 – 12 h 30

Horaire des messes :

Lundi au vendredi : 18 h 45
Samedi : 18 h 30
Dimanche : 11 h 00

Chers visiteurs,

L’église Saint-Martin, construite pour être provisoire, n’a cessé d’être décorée et elle fait désormais partie du patrimoine culturel du 10e arrondissement de Paris.
Prenez le temps de découvrir la vie de saint Martin illustrée par les peintres Henry Lerolle et Félix Villé. Certaines scènes nous sont familières, comme la Charité de saint Martin, épisode au cours duquel il partagea son vêtement avec un pauvre.

Depuis plus de 1700 ans, saint Martin marque nos contrées de son empreinte. Père des moines, il inspira saint Benoît ; apôtre de la charité, il suscita bien des vocations.

Puissions-nous trouver à sa suite de nouvelles manières d’« aimer notre prochain ».

Père Stéphane-Paul Bentz, curé

Art, Culture et Foi / Paris

Art, Culture et Foi / Paris est une association loi 1901 subventionnée par la Fondation Notre Dame et la Ville de Paris. L’association, créée en 1989 à la demande de l’archevêque de Paris, a pour objet de favoriser et de soutenir toutes les activités culturelles et artistiques du diocèse de Paris.

Art, Culture et Foi organise et soutient l’accueil des visiteurs dans les églises au fil des jours et lors des Journées Européennes du Patrimoine (en partenariat avec le ministère de la Culture – DRAC Île-de-France), ou lors de la Nuit Blanche et de la Fête de la Musique.

www.artculturefoi-paris.fr

La Fondation Notre Dame

La Fondation Notre Dame a été créée en 1992 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, qui lui a confié la mission d’être, au plus près des paroisses, un soutien aux projets de solidarité, d’éducation et de culture. La Fondation Notre Dame est reconnue d’utilité publique depuis le 30 novembre 1992.

www.fondationnotredame.fr

Le songe de Martin